Vers une baisse des volumes en rayon ? Ce que disent vraiment les chiffres, et ce que cela change pour les magasins

Table des matières

Les ménages français essuient les crises depuis 2020. Entre le Covid, l’inflation, la guerre en Ukraine puis les tensions au Moyen-Orient entraînant une flambée des prix du carburant… l’accalmie est loin de pointer le bout de son nez. Et la consommation, elle, est touchée de plein fouet.

Et si à fin août les chiffres communiqués par NielsenIQ font état de volumes en hausse (+1,8 % en volume PGC-FLS, tous circuits confondus en GMS), le contexte, lui, n’est pas aux réjouissances. Carburant proche de ses records, pouvoir d’achat en recul ou encore l’inflation qui renchérit… tout laisse présager une baisse des volumes, que certains d’entre vous nous disent d’ailleurs ressentir depuis la mi-septembre.

Dans un environnement qui bouge aussi vite, attendre que les chiffres confirment la baisse, c’est déjà réagir trop tard. Mais encore faut-il comprendre ce qui se joue derrière les volumes.

C’est justement pour cela que nous avons voulu creuser : que disent vraiment les chiffres ? Sur quels critères les ménages arbitrent-ils ? Quelles conséquences pour les points de vente ? Et qu’est-ce que cela change pour l’organisation de votre magasin ?

Voici nos éléments de réponse.

Ce que disent les chiffres sur la baisse des volumes

Constat : les volumes résistent, mais pas partout et on ne sait pas encore de ce qu’il adviendra

Comme nous avons pu l’énoncer dans l’introduction, les volumes sur le périmètre PGC-FLS, ne faiblissent pas : à fin août 2026, les volumes PGC-FLS progressent de 1,8 % en GMS selon NielsenIQ, et de 1,6 % selon FranceAgriMer, avec des produits frais traditionnels quasi stables. Si le printemps a connu un creux, les achats ont rebondi depuis, portés cet été par les fruits, les légumes et le rayon traiteur. Ces panels s’arrêtent toutefois fin août : ils ne disent encore rien de la rentrée.

Sur une plus longue période, la tendance a été orientée à la hausse pour les PGC : depuis 2019, les volumes de PGC achetés ont progressé de 6 % en nombre d’articles.  Les produits frais traditionnels, quant à eux, après plusieurs années de forte baisse, affichent un léger rebond (+1 %).

Alors s’il n’y a pas encore de baisse avérée dans les volumes, ceux-ci se déplacent entre les formats. Et en effet, à y regarder de plus près, pendant que les grandes surfaces stagnent ou reculent, la proximité et le e-commerce, eux, progressent.

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Les volumes ne sont pas disponibles (n.d.) pour l’e-commerce et le discount. Discount : enseignes à dominante de marques propres.

Sources : FranceAgriMer, Point conso n° 24, septembre 2026 (Circana, traitement FranceAgriMer) : évolution du chiffre d’affaires des PGC en GMS par circuit, cumul des huit premières périodes de 2026 par rapport à 2025. Circana, résultats du premier semestre 2026 relayés par LSA, « Grande distribution : la proximité s’impose, les supermarchés décrochent ».

D’autre part, la baisse ou non des volumes se fera en fonction de l’arbitrage continu des ménages. Les dépenses contraintes (loyer, énergie, carburant) absorbaient déjà 34 % de leurs revenus en janvier, avant même la flambée de l’énergie. Il y a donc fort à parier que cette part va augmenter. Alors à partir de quels critères les ménages vont-ils arbitrer ? Et quelle part restera pour l’alimentaire ?

En cause : les volumes sont soumis aux arbitrages des ménages

Face aux crises et au contexte toujours incertain, les ménages ne consomment pas forcément moins, ils font des choix. Et ce, selon quatre critères.

Critère n°1 : le budget restant après les dépenses contraintes

L’énergie renchérit de 21,3 % sur un an et le pouvoir d’achat des ménages devrait reculer d’environ 0,4 % en 2026.

Les ménages ont d’ailleurs puisé dans leur épargne pour continuer à consommer (taux d’épargne de 17,2 % au deuxième trimestre, en baisse de 0,7 point), mais ils restent tout de même prudents. En effet, ils déclaraient déjà dès janvier à 58 % limiter leurs dépenses alimentaires, et 40 % disent désormais avoir renoncé à certains produits, 10 points de plus qu’en janvier, d’après un sondage Elabe pour BFMTV. Selon Worldpanel by Numerator, 20 % des Français déclarent même boucler difficilement leurs fins de mois.

34 %

des revenus absorbés par les dépenses contraintes (janvier 2026)

58 %

des ménages déclaraient limiter leurs dépenses alimentaires dès janvier

40 %

disent avoir renoncé à certains produits (+10 points depuis janvier)

20 %

des Français bouclent difficilement leurs fins de mois

Sources : Insee ; sondage Elabe pour BFMTV ; Worldpanel by Numerator, 2026.

Critère n°2 : le prix, qui fait fondre les volumes par panier

Les prix alimentaires restent supérieurs de 23 % à leur niveau de janvier 2022, même si l’inflation sur l’alimentaire reste contenue (+1,4 % en septembre).

Et point de vigilance, non négligeable, si l’inflation sur l’alimentaire reste maîtrisée, cela ne va sûrement pas durer. En effet, les prix n’ont pas encore été impactés par la hausse du prix de l’énergie, les négociations 2026 s’étant clôturées avant le début des tensions en Iran, le 1er mars 2026.

L’impact des négociations aura d’autant plus d’impacts que l’Insee a montré que, lorsque le prix d’un produit augmente de 1 %, les quantités achetées baissent en moyenne de 0,6 %, et que les consommateurs fractionnent leurs courses (plus de visites, des paniers plus petits) en se tournant vers les promotions, les petits conditionnements et les premiers prix. Les marques de distributeurs représentent d’ailleurs aujourd’hui, 36% du marché des PGC en GMS, soit 2,6 points de plus qu’en 2019. Alexandre de Palmas, directeur exécutif de Carrefour France, le résume ainsi : « Le trafic ne souffre pas, mais les quantités achetées à chaque passage diminuent. » Les clients viennent autant, voire plus souvent, mais dépensent moins à chaque passage.

Les négociations seront donc à observer de près…

Rendez-vous en février/mars pour en connaître la suite…

Critère n°3 : le coût du trajet jusqu’au magasin

Quand le plein coûte plus cher, le trajet jusqu’à l’hypermarché situé en périphérie pèse davantage dans le budget.

Début octobre, le gazole atteignait en moyenne 2,36 € le litre et le SP95-E10 2,14 €, à peine moins qu’au record de la mi-septembre. Dans le même temps, les volumes de carburants achetés ont diminué de 9,2 % sur un an en août, selon l’Insee, un recul que la hausse des prix peut expliquer en partie.

Les ménages disent eux-mêmes adapter leurs déplacements. En avril 2026, 36 % déclaraient les limiter en raison du prix du carburant, contre 27 % en janvier et 28 % en octobre 2025. Moins de déplacements en voiture pourrait donc signifier moins de visites dans les magasins les plus éloignés du domicile.

Face au carburant : comment les ménages ajustent leurs déplacements

Part des ménages (%)

oct. 2025
janv. 2026
avr. 2026
  • Ne se limitent pas
  • Limitent leurs déplacements
  • Utilisent d’autres modes de transport

Source : Insee, Note de conjoncture de juin 2026, enquête Camme (ménages en France métropolitaine).

Mais cela est-il vraiment rationnel ? Circana avait en effet estimé en 2023 que les prix en proximité étaient en moyenne supérieurs de 18 % aux prix pratiqués en hypermarché. Donc, est-ce que faire ses courses près de chez soi est finalement plus avantageux ? À vos calculettes !

Critère n°4 : les produits, entre essentiels et petits plaisirs

Pris en étau par tous les points cités ci-dessus, les ménages rognent sur leurs petits plaisirs… sans pour autant y renoncer complètement !

Premiers concernés, les abonnements de streaming : on les garde, mais on fait le tri (41 € par mois en 2026, contre 49 € en 2025). La beauté-parfumerie ensuite, on continue de s’en offrir, « effet rouge à lèvres » oblige (pour ceux qui aiment les concepts), avec des ventes en hausse de 5 % en volume sur les sept premiers mois de 2026. Le jouet enfin, on en redemande, avec +8,5 % en valeur et +9 % en volume sur sept mois (Circana), grâce aux jeux de construction (+33 %) et aux « kidultes », ces adultes qui achètent des jouets pour eux-mêmes. Et même en grande surface, on se laisse tenter, avec 22 % d’achats imprévus en 2025, contre 15 % entre 2020 et 2023 (Shopperscan, Circana).

Entre des charges qui grimpent et des plaisirs que l’on s’accorde encore, la part de l’alimentaire se réduit donc mécaniquement. On y garde l’essentiel, quitte à chercher les petits prix, et on sacrifie d’abord les produits chers et substituables…

Conséquences : les volumes favoriseraient la proximité et la livraison

La proximité capte des volumes, malgré des prix plus élevés

Les chiffres de la distribution confirment ce déplacement : la proximité gagne 0,6 point de part de marché au premier semestre pour atteindre 12 %, tandis que les supermarchés et les hypermarchés reculent en volume. Ce report a pourtant un coût : en 2023, une étude Circana relayée par Les Échos estimait que les commerces de proximité étaient en moyenne 18 % plus chers.

Le prix du carburant n’explique sans doute pas à lui seul cette évolution. La proximité gagnait déjà du terrain un an plus tôt, et Circana relève que les vagues de chaleur et la Coupe du monde de football ont aussi amplifié le mouvement au premier semestre. Le renchérissement du carburant pourrait néanmoins accélérer le mouvement, en incitant certains ménages à privilégier des courses plus courtes et des magasins plus proches de chez eux. Cette hypothèse mérite donc d’être examinée à l’échelle de chaque zone de chalandise.

La livraison à domicile, potentielle autre gagnante des prix à la pompe

Le même mécanisme pourrait profiter à la livraison à domicile, qu’il s’agisse de livraison collaborative entre particuliers, sur le modèle de Shopopop ou Tut Tut, ou de supermarchés en ligne comme Picnic. Selon LSA, Picnic a réalisé 140 millions d’euros de chiffre d’affaires en France en 2025, en hausse de 40 % sur un an. Il arrive par ailleurs en deuxième position des enseignes alimentaires (hors grandes surfaces) où les Français ont le plus augmenté leurs dépenses au premier semestre 2026, selon Circana.

Ces deux modèles n’ont toutefois pas le même effet sur les magasins : Picnic livre depuis ses propres entrepôts et capte donc des volumes sans générer de travail de préparation en magasin, tandis que la livraison collaborative part, en général, de commandes préparées en magasin.

Ainsi, comment s’organiser quand les volumes bougent ?

Quand les volumes bougent, la charge de travail bouge aussi

Un panier dont le contenu change, des achats plus ciblés, un éventuel report vers les magasins de proximité… Les habitudes d’achat évoluent et, avec elles, la charge de travail en magasin.

Des quantités qui progressent pour les PGC, des produits frais qui repartent après un creux au printemps, un chiffre d’affaires qui se déplace vers la proximité et le e-commerce : la charge de travail ne recule pas forcément, mais elle change de rayon et de format.

Or, lorsque les volumes fluctuent d’un rayon à l’autre, l’affectation des équipes définie il y a quelques mois peut vite devenir obsolète : certains collaborateurs se retrouvent débordés pendant que d’autres voient leur charge diminuer. Refaire régulièrement le travail d’affectation, rayon par rayon et poste par poste, permet de vérifier que chacun dispose d’une charge de travail équitable, et de corriger les déséquilibres avant qu’ils ne pèsent sur la qualité de service comme sur la motivation des équipes.

  1. 1

    Les volumes se déplacent

    Entre rayons, formats, typologies de produits et nouvelles activités à développer

  2. 2

    La charge change de rayon

    Elle ne recule pas forcément, elle se déplace

  3. 3

    L’affectation vieillit

    Surcharges pour les uns, sous-charge pour les autres

  4. 4

    Réaffecter régulièrement

    Charge équitable, qualité de service, motivation

Pour continuer à attirer les clients, les supermarchés et les hypermarchés pourraient aussi multiplier les promotions, tandis que le développement de la livraison collaborative et du e-commerce pourrait accroître les besoins en préparation de commandes. Autant d’évolutions qui modifient les besoins opérationnels. Sans oublier la disponibilité en rayon : selon Circana, les ruptures ont fait perdre 1,86 milliard d’euros de ventes aux hypermarchés et supermarchés sur un an, et face à un produit absent, la vente est perdue pour la marque dans 70 % des cas.

TimeSkipper : anticiper les variations de volumes pour ajuster l’organisation

Face à ces évolutions, mieux vaut avoir ses yeux et ses oreilles grands ouverts pour pouvoir s’adapter au plus vite.

Avec TimeSkipper, les responsables peuvent anticiper et mesurer l’impact des variations de volumes sur la charge de travail et ajuster leurs moyens rapidement en conséquence :

  • Réaffecter les familles et les tâches équitablement : c’est tout l’enjeu du travail d’affectation évoqué plus haut. TimeSkipper fait apparaître directement l’évolution des volumes de colis et les déséquilibres de charge entre collaborateurs, pour réaffecter rapidement les familles et les tâches.
  • Réallouer les ressources vers les secteurs qui en ont le plus besoin, lorsque certaines activités diminuent tandis que d’autres se développent.
  • Évaluer l’impact de nouvelles activités, comme des opérations promotionnelles ou une hausse des préparations de commandes, pour anticiper la charge supplémentaire qu’elles représentent.
  • Rééquilibrer les moyens entre magasins, lorsque l’activité se déplace d’un point de vente à un autre et que des renforts sont possibles.
  • Ajuster les heures planifiées en dernier recours, lorsque la charge de travail réelle devient durablement inférieure aux besoins initialement estimés.

L’objectif premier est donc de mobiliser les ressources là où elles sont le plus utiles.

Finalement, en confrontant la charge de travail à l’activité réelle et en réajustant l’organisation au fil de ses évolutions, TimeSkipper aide les responsables à préserver la qualité de service tout en maîtrisant leurs coûts. Car lorsque chaque heure de travail devient rare et chère, il devient essentiel de rendre chacune d’elles utile, d’autant que le taux de marge d’exploitation du commerce est à un point bas historique (25,5 % au quatrième trimestre 2025).

Anticiper les volumes pour ajuster les moyens et l’organisation, magasin par magasin

L’alimentaire n’est pas tant le prochain secteur touché par une baisse des volumes qu’un secteur dont le panier se transforme : les quantités achetées en PGC progressent (+1,8 % à fin août), les produits frais traditionnels repartent après un creux au printemps et les marques de distributeurs gagnent du terrain. Dans ce contexte, le coût du carburant pourrait accélérer le report d’une partie des achats vers les magasins de proximité, ainsi que la recherche de premiers prix et de promotions. Mais les effets ne seront pas identiques partout et leur ampleur dépendra aussi des arbitrages des ménages entre consommation et épargne.

Pour les enseignes, l’enjeu est de repérer tôt les changements de trafic, de panier et de charge de travail, puis d’ajuster les ressources en conséquence. Affaire à suivre…

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